Quand l’art-thérapie adoucit le trauma
16 février 2009 |
Par Michel Dongois
«L’art ne vit pas qu’au musée. Il sert aussi d’approche engageant la personne dans sa totalité et sa créativité.Et en art-thérapie, il n’existe aucune contre-indication ! »
Professeure agrégée au département de thérapies par les arts à l’Université Concordia, Josée Leclerc coorganisait récemment, à Montréal, la rencontre internationale Art et témoignage avec les associations québécoise et canadienne d’art-thérapeutes.Il s’agissait aussi du premier colloque canadien sur le trauma et l’art-thérapie.
« On se tourne vers l’art pour exprimer ou surmonter un abus, individuel ou collectif, un deuil ou toute autre forme de souffrance, poursuit Mme Leclerc. L’art permet parfois de dire l’indicible, d’explorer ou d’exprimer les séquelles d’un vécu traumatique. »
Josée Leclerc
Le milieu francophone s’éveille doucement à l’art-thérapie. À l’Hôpital Sainte-Justine, de pair avec la musicothérapie et, bientôt, la dramathérapie, l’art-thérapie sert déjà l’oncologie pédiatrique. Les hôpitaux anglophones ont depuis plus longtemps recours à la médiation artistique, notamment en psychiatrie, en pédopsychiatrie et en médecine transculturelle, à l’Hôpital de Montréal pour enfants, entre autres.
« Nous y recourons pour aider les enfants d’immigrants qui ont connu la guerre ou la violence. L’art-thérapie contribue à reconstruire du sens, à structurer l’identité, à travailler les pertes et à rétablir des liens sociaux », résume la Dre Cécile Rousseau, pédopsychiatre. La médiation artistique est un enjeu de santé publique, ajoute-t-elle, dans la mesure où elle atténue les répercussions d’événements traumatiques (génocide, terrorisme, conflits armés). « En s’exprimant par l’art, la personne peut se sentir un peu moins victime. »
L’art-thérapie vient également en aide à ceux pour qui la parole est un problème : enfants, personnes âgées en perte cognitive, personnes accidentées. Outre dans certains hôpitaux généraux et psychiatriques, on l’utilise en clinique externe, dans certains centres de traitement de la douleur et de réhabilitation physique. L’art-thérapie se vit également dans des centres d’accueil pour personnes âgées et des centres Jeunesse. Le monde de l’éducation et quelques milieux correctionnels l’expérimentent aussi.
Art-thérapeutes
L’Université Concordia offre pour l’instant le seul programme de maîtrise en thérapies par les arts au Canada. L’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue dispose d’un programme court et long de deuxième cycle; une maîtrise est en voie d’élaboration. Quant à l’Association des art-thérapeutes du Québec, elle existe depuis plus de 25 ans, mais ses membres sont relativement peu connus ou reconnus. L’art-thérapie est pourtant un champ d’activités en plein essor qui s’inscrit dans la vaste gamme des soins de santé mentale et de thérapie. Un débat a cours à l’Association pour intégrer la dramathérapie, la musicothérapie et la thérapie par la danse et le mouvement. Des discussions ont également lieu sur la pertinence de former un ordre professionnel.
Association des art-thérapeutes du Québec
www.aatq.org
info@aatq.org
Tél. : 514 990-5415
Concordia
creativeartstherapies.concordia.ca
Pour info : cats@alcor.concordia.ca
L’art-thérapie : « À intégrer dans notre arsenal thérapeutique »
«Belle initiative, ce colloque Art et témoignage sur l’art-thérapie ! J’y suis allé avec curiosité, intrigué de trouver de nouvelles avenues pour certaines impasses thérapeutiques auxquelles on fait face. Les neurosciences occupaient une place de choix et appuyaient intelligemment les explications du modèle thérapeutique.
« Je pratique auprès des grands brûlés et des victimes de stress post-traumatique chez qui on observe une double défaillance au niveau du système de la peur et de celui de l’apprentissage. La peur est réactivée de façon inappropriée; la mémoire, surtout émotionnelle et somatique, reste imprégnée de souvenirs traumatiques qui rejaillissent de façon aléatoire. La plupart des thérapies qu’on utilise sont verbales ou utilisent des processus explicites, mais l’art-thérapie s’adresse davantage aux émotions et au corps, là où se situe probablement le blocage. Le corps ne comprend pas les mots.
« Les art-thérapeutes parlent de dissociation hémisphérique; on s’adresse davantage au cerveau droit. Je pense qu’on s’adresse aussi au cerveau plus primitif. En activant le corps et en stimulant les sens, on réactive les processus somato-sensoriels implicites liés au trauma, mais avec plus de régulation. Il y a une reprise de contrôle. Il y a là un peu de magie, disons-le, mais c’est parce qu’on ne comprend pas encore bien la neurogenèse et la plasticité neuronale.
« L’art-thérapie pourrait aussi, selon moi, jouer un rôle intéressant auprès des maladies dites "psychosomatiques" ou des syndromes douloureux fonctionnels qui embarrassent tant de médecins de famille et de spécialistes. Je souhaite qu’on lance davantage de projets-
pilotes, car l’art-thérapie pourrait sortir de l’impasse des patients très souffrants. »
– Dr Nicolas Bergeron,
médecin psychiatre au CHUM-Hôtel-Dieu, chef du service de consultation-liaison
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