Grippe virtuelle, cancer réel
09 octobre 2009 |
Par Michel Dongois
Grand chantier sanitaire de l’heure, la lutte à l’éventuelle pandémie de grippe A(H1N1) capte l’attention des décideurs. Elle éclipse les ravages, sournois et quotidiens, du plus grand tueur moderne, le cancer. Au Québec, 44 200 nouveaux diagnostics et 20 100 décès, selon les prévisions 2009 de Statistique Canada.
Le Québec détient le deuxième pire taux de mortalité par cancer des pays industrialisés (Éco-Santé OCDE 2006). Il occupe l’avant-dernier rang des provinces canadiennes à ce chapitre. Et encore, les données québécoises pour plusieurs cancers sont sous-estimées, dont près du tiers pour le seul cancer de la prostate. Le cancer constitue une expérience de vie qui nous affecte presque tous, directement ou indirectement, par le jeu affectif des proches, aidants ou non, conjoints ou enfants, amis ou connaissances.
Face à ce fléau, la riposte semble fragmentée, selon la réalité des silos. Chacun y va de ses efforts, la santé publique pour la prévention et un peu pour le dépistage, la
Direction générale de lutte contre le cancer, avec son équipe plus que réduite, et les hôpitaux. Autant de silos donc, mais assez peu de coordination adéquate et, partant, peu de vision d’ensemble.
C’est cette cohésion des actions que veut susciter la Coalition Priorité Cancer au Québec. Lancée en 2001 par le Dr Pierre Audet-Lapointe, onco-gynécologue, l’initiative a désormais gagné la place publique. La Coalition fait circuler une pétition exigeant la création d’une Agence québécoise de lutte contre le cancer, afin de coordonner les efforts. Son objectif : prioriser la lutte contre le cancer, comme on l’a fait pour la tuberculose au début du siècle dernier.
En Alberta et en Colombie-Britannique, on dispose déjà d’une telle agence, l’Alberta Cancer Board et la BC Cancer Agency, qui intègre tous les volets de la lutte contre le cancer. Elles ont fait la preuve que la concentration de l’autorité et des responsabilités donne de bons résultats. On pourrait aussi mentionner l’exemple ontarien. Dans les trois cas, on constate de meilleurs taux de survie qu’au Québec.
Une éventuelle agence ajouterait-elle une structure de plus ? Il s’agit plutôt d’ouvrir un vaste chantier, à l’image de celui suscité, en France, par l’engagement personnel de Jacques Chirac. « Le cancer, j’en fais mon affaire ! » avait affirmé l’ancien président de la République française. Son enthousiasme a lancé le Plan Cancer et galvanisé les troupes. Il répondait à l’immense attente des médecins et des patients pour des traitements plus efficaces et préservant mieux la qualité de vie. Il en est résulté la création de « cancéropôles », dont celui de Toulouse, qui regroupent sur un seul site diverses compétences (universitaires, cliniques, scientifiques, technologiques), avec l’objectif partagé de faire reculer le cancer.
Pourquoi retarder ici la coordination des efforts quand on en a vu les effets positifs en Alberta, en Colombie-Britannique et en France ?
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