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Que faites-vous pour améliorer l’observance de vos patients à leur médication ?
06 juillet 2009 | Par Isabelle Girard

«La première chose à faire est d’informer le patient de l’importance de prendre sa médication eu égard aux complications futures. En deuxième place, peut-être de vérifier avec le pharmacien si le patient prend bien sa médication et éventuellement le relancer. J’ai commencé à écrire sur mes prescriptions électroniques : « M’aviser si le patient ne prend pas la médication. » Le pharmacien peut m’appeler si le patient ne la renouvelle pas. La clé, c’est de convaincre le patient à se prendre en charge, comme le présente le chronic care model. Comme les médecins ont peu de temps à consacrer à l’éducation des patients sur l’importance d’adopter de saines habitudes de vie, il faut une équipe de professionnels de la santé pour faire cet enseignement. Je pense aussi que les hommes sont probablement moins observants que les femmes. Ceux qui sont en prévention secondaire, qui ont déjà fait un infarctus, sont plus observants. Saviez-vous par exemple que les hommes de 50 ans et plus devraient prendre du calcium et de la vitamine D ? En connaissez-vous beaucoup qui en prennent ? Connaissez-vous beaucoup de médecins qui prescrivent ça à leurs patients de 50 ans et plus ? On ne l’oublie pas pour la femme, mais on l’oublie pour l’homme. Nous sommes un peu responsables de ça aussi. »

Dr Alain Boudrias
Omnipraticien et chef DRMG Lanaudière
Sainte-Julienne



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«Nous tentons de donner le plus d’information possible. Mais c’est toujours le même problème : le manque de temps fait qu’on coupe beaucoup sur l’information. Les patients atteints de maladies chroniques bénéficieraient d’un suivi sur plusieurs années avec une équipe multidisciplinaire. À l’occasion du congrès de l’Association médicale du Québec, on nous a présenté un projet très prometteur qui a lieu à Verdun, où une équipe multidisciplinaire soutiendra l’équipe médicale et donnera au patient la chance de se prendre en main et de comprendre ce qui se passe. Parce que nous, en pratique privée, on n’a pas vraiment le temps de faire ça.

Autrement, il est important de revoir les patients. Dans le cas d’un patient dépressif en crise, par exemple, on le revoit deux semaines plus tard. Parfois, le patient n’est pas prêt à prendre des antidépresseurs. Il y a l’observance à notre proposition de suivi aussi. En général, quand il y a une écoute, le patient revient deux semaines ou un mois plus tard et nous dit qu’il est prêt. Mais si tu l’imposes, peut-être que la prescription finira dans la poubelle parce que tu n’as pas pris le temps de l’écouter et de voir comment il percevait son problème. Tu peux toujours vérifier avec le pharmacien. Mais comme médecin, tu dois faire confiance. Si tu commences à douter de ce qu’il prend, ça commence mal la relation. Certains patients ne veulent pas prendre leurs médicaments. Je ne veux pas qu’ils se sentent jugés, s’ils ne les prennent pas. Je leur dis toujours : si vous étiez pilote d’avion, ou si vous aviez trois enfants dont un à la veille de passer par la fenêtre, je ne suis pas sûre que je n’exigerais pas que vous les preniez si vous voulez continuer de travailler. Mais si vous avez 55 ans, près de la retraite et que les enfants sont partis, peut-être que vous voulez faire un cheminement personnel.

Lorsqu’il revient, tu vois s’il va mieux. Il le dira s’il prend sa médication. S’il ne va pas bien d’une fois à l’autre et que tu augmentes la médication, là il faut suspecter un manque d’observance et chercher ce qui ne va pas. Il y a toutes sortes de raisons. Parfois, c’est l’argent. Parfois, c’est la famille. Il y a aussi des immigrants qui envoient beaucoup d’argent en Afrique chaque mois et qui ont de la difficulté à payer leur loyer. Il y a toutes sortes de raisons. La médecine demeure une relation avec un patient. Quand le patient sent que tu comprends son environnement, il est beaucoup plus réceptif. »

Dre Sonia Thibeault
Omnipraticienne
Montréal


«J’essaie de prendre plus de temps avec les patients. C’est particulièrement difficile dans le contexte actuel. Mais j’essaie surtout d’être à l’écoute de leurs préoccupations par rapport au médicament. Je ne m’attends pas à tous les convaincre de prendre leurs médicaments du premier coup. J’essaie de rester ouvert à leurs commentaires et à leurs inquiétudes, et j’essaie aussi de leur donner des réponses. Il faut aussi être persévérant dans le temps. Peut-être qu’en les revoyant plus tard, ils seront plus réceptifs à certains arguments en fonction de ce qu’ils auront vécu depuis la dernière rencontre. Une des particularités de la médecine familiale, c’est la continuité dans le contact avec le patient. C’est un gros avantage pour les médecins de famille. On a beau dire qu’on traite mieux les maladies, si les gens ne prennent pas leurs médicaments quand c’est nécessaire, on n’est pas plus avancés. Quand les gens savent qu’ils peuvent dire à leur médecin qu’ils ne prennent pas leurs médicaments et que le médecin va bien le recevoir, que ça n’entachera pas la relation, je pense qu’à ce moment-là c’est positif parce que les gens se sentent à l’aise. Parfois, ils ne prennent pas leurs médicaments pour de bonnes raisons. Quand ça cause plus d’inconvénients que d’avantages, même nous, nous ne les prendrions pas. »

Dr Guillaume Charbonneau
Omnipraticien, président du Collège québécois des médecins de famille
Maniwaki

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