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Patients hémodialysés : Améliorer leur état de santé par l’activité physique
27 juillet 2009 | Par Catherine Fortier, B.Sc. kinésiologie

En 2007, la Fondation canadienne du rein (FCR) estimait à deux millions le nombre de Canadiens affectés par une maladie rénale chronique, nombre qui serait à la hausse en raison de l’augmentation de l’âge moyen de la population et de la prépondérance de maladies telles que le diabète et l’hypertension artérielle. Il n’est donc pas étonnant que la FCR prévoie que le nombre d’insuffisants rénaux nécessitant un traitement substitutif doublera ces 10 prochaines années, ce qui concernera directement plus de 60 000 personnes au Canada seulement.

La perte des fonctions excrétrices et sécrétrices rénales, combinée aux inconvénients de la dialyse et de la présence d’une grande diversité de facteurs de risque de maladie cardiovasculaire, fait en sorte que l’état de santé de ces patients est plutôt complexe. L’anémie, la déminéralisation osseuse, la surcharge hémodynamique, le syndrome urémique, la dyslipidémie, l’hypertrophie ventriculaire gauche et les problèmes musculo­squelettiques s’ajoutent aux effets de l’âge, de la sédentarité et de la fatigue engendrée par des temps de traitement en hémodialyse très longs1. Malgré les progrès des traitements pharmacologiques, l’endurance physique de ces patients se détériore énormément, limitant ainsi leur capacité fonctionnelle et augmentant de ce fait leur risque de mortalité.

Bienfaits de l’activité physique
La pratique régulière d’une activité physique a un impact majeur sur plusieurs aspects de la santé de ces patients, tout comme la sédentarité amplifie les risques de diabète, d’hypertension, de dépression et d’incapacité physique à l’origine de sarcopénie (atrophie et détérioration de la masse musculaire) et d’un mauvais état cardiorespiratoire2. Il y a de nombreux avantages à intégrer un programme de réadaptation au traitement, surtout lorsque les bienfaits de l’entraînement aérobique sont combinés à ceux que l’on obtient grâce à un programme individualisé de musculation.

Pratiquer une activité physique d’intensité faible à modérée trois fois par semaine serait suffisant pour obtenir ces bienfaits. On aurait observé un abaissement significatif de la tension artérielle systolique de repos3 ainsi que l’amélioration de certains paramètres cardiaques, dont la pré­valence des arythmies4. Dans
une cohorte de patients donnée, une amélioration impressionnante du profil lipidique (augmentation de 16 % des HDL-C et diminution de 29 % des triglycérides sanguins) a également été constatée5.


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Toutefois, les résultats les plus notables concernent l’amélioration de la capacité à l’exercice exprimée par une augmentation du temps d’effort toléré et une plus grande capacité aérobique maximale4,6. On observerait aussi une amélioration de la perception de la capacité fonctionnelle et une diminution de la dépression. En ce qui concerne l’entraînement en musculation, il permettrait, entre autres, d’améliorer la composition musculaire déficiente des patients en augmentant la grosseur des fibres et la capacité oxydative du muscle squelettique7. Ces bienfaits pour la santé des patients hémodialysés ne représentent qu’un bref échantillon de l’éventail des avantages qui pourraient être obtenus en incitant ces personnes à adopter un mode de vie un peu plus actif. Cependant, ce type de pratique est sous-utilisé, voire pratiquement inexistant au Québec, et, pourtant, les avantages surpassent largement les risques.

Risques associés à l’entraînement
Plusieurs craintes ont été formulées à l’égard de l’entraînement physique associé à une séance d’hémodialyse. Ce traitement substitutif rénal comporte des risques qui pourraient être aggravés par l’exercice, tels que l’hypotension, les crampes, les saignements, les douleurs à la poitrine et les arythmies1. Par ailleurs, si l’entraînement est mal dosé ou ne respecte pas la bonne progression, les risques d’événements cardiaques, de blessures par fractures ou par rupture de tendons pourraient être plus importants. Cette notion de bon ajustement de l’entraînement est alors d’une importance primordiale et elle a été établie pour expliquer le très faible taux de complications associé à la pratique d’exercices physiques lors des études2.

Activité à privilégier
Il a été démontré que l’adhésion à un programme d’entraînement physique pouvait s’avérer bénéfique chez les personnes atteintes d’insuffisance rénale chronique terminale traitées par hémodialyse6. Toutefois, les diverses modalités d’entraînement n’apportent pas toutes les mêmes avantages. La fatigue, le manque de matériel, de soutien ou d’encouragements et la peur de se blesser en exécutant incorrectement certains exercices constituent des barrières qui peuvent limiter la participation à un entraînement à domicile. En Grèce, tout comme dans certains centres de dialyse des États-Unis, il est courant d’intégrer des exercices musculaires et aérobiques dans le traitement de l’insuffisance rénale chronique terminale. Les patients sont alors encouragés à pédaler assis dans leur fauteuil durant le traitement ou à intégrer un groupe de réadaptation supervisé par un entraîneur qualifié.

Contrairement à ce que pensent certains professionnels de la santé, les patients hémodialysés sont capables de participer à un entraînement de longue durée qui leur permet de maximiser leur capacité fonctionnelle et leur bien-être général6. Il a été démontré que la participation à une activité physique durant une séance d’hémodialyse augmente la clairance de l’urée et peut réduire de plus de 30 minutes le temps d’exposition à cette technique thérapeutique2. Il semblerait toutefois qu’un entraînement dans un groupe de réadaptation engendre de plus grandes améliorations des composantes physiques et psychologiques, comparativement à un programme d’activité physique appliqué en centre de dialyse. La possibilité d’échanger avec des personnes ayant la même problématique de santé augmenterait la motivation des participants, optimisant de ce fait leur entraînement et leur assiduité. Par contre, la possibilité de faire des exercices durant la dialyse favoriserait l’adhésion à l’activité physique puisqu’on n’a pas à se déplacer les jours sans traitement.

Conclusion
Encourager les personnes atteintes d’insuffisance rénale chronique terminale à inclure des exercices simples, tels que la marche, à leur quotidien apporterait un supplément non négligeable à leurs traitements pharmacologiques et de dialyse actuels. La prescription d’une activité physique peut toutefois s’avérer plus complexe et nécessiter d’adresser les patients à un centre de réadaptation, où la sécurité de l’entraînement serait assurée par un kinésiologue. Cette pratique permettrait aux patients dialysés de mieux maîtriser certains facteurs de risque de maladie cardiovasculaire, en plus de favoriser une meilleure qualité de vie.


1. Daugirdas JT et coll. Handbook of Dialysis, 4e édition, Lippincott Williams Wilkins, 2007.
2. Johansen KL. Exercise in the end-stage renal disease population. J Am Soc Nephrol, 2007;18: 1845-54.
3. Cheema BSB, Singh MAF. Exercise training in patients receiving maintenance hemodialysis : A systematic review of clinical trials. Am J Nephrol, 2005;25: 352-64.
4. Deligiannis A, Kouidi E et Tourkantonis A. Effects of physical training on heart rate variability in patients on hemodialysis. Am J Cardiol, 1999;84: 197-202.
5. Goldberg AP, Geltman EM, Gavin JR et coll. Therapeutic benefits of exercise training for hemodialysis patients. Kidney Int, 1983;24: S303-S309.
6. Kouidi E et coll. Outcomes of long-term exercise training in dialysis patients : comparison of two training programs. Clin Nephrol, 2004;61(suppl.1): S31-S38.
7. Kouidi EJ. Central and peripheral adaptations to physical training in patients with end-stage renal disease. Sports Med, 2001;31(9): 651-65.

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