Counselling en activité physique par les médecins : Vous sentez-vous bien outillé?
12 août 2009 |
Par Amélie Landy*
La sédentarité au Québec touche plus d’un adulte sur deux. Or, seulement un tiers d’entre eux ont discuté d’activité physique avec leur médecin1.
De quoi discuterez-vous avec M. Gagnon et quelle sera votre ordonnance?
Bien qu’il n’en ait pas fait mention, M. Gagnon est sédentaire, comme plus de 50 % des Québécois1. D’ailleurs, seulement 21 % des Canadiens âgés de plus de 12 ans font suffisamment d’activité physique afin d’en obtenir les bienfaits optimaux pour leur santé2. Il faut donc bien comprendre que l’activité physique est l’équivalent d’un puissant médicament qui comporte des effets préventifs et curatifs. Malheureusement, les médecins connaissent souvent moins ce remède que ceux du Compendium (CPS) et le counselling en cette matière est pauvre3.

Les médecins font trop peu de counselling en activité physique. Quelques statistiques :
Selon un sondage mené auprès de 13 166 médecins canadiens, plus de 85 % d’entre eux interrogent leurs patients sur leur niveau d’activité physique4. Par contre, seulement au Québec, les chiffres tendent à être inférieurs. En effet, seulement 78,9 % s’informent des habitudes de vie active de leur clientèle, 17,7 % (26,2 % au Canada) demandent une évaluation de la condition physique, 10,9 % seulement adressent leur patient à un spécialiste de l’activité physique, 63 % (69,8 % au Canada) font du counselling verbal et 15,8 % rédigent une ordonnance pour un programme d’entraînement.
Malgré l’importance de bonnes habitudes de vie dans la prévention des maladies chroniques, une étude clinique a montré que les habitudes de vie ont été discutées uniquement dans 10 % à 37 % des visites médicales. De plus, ces interventions ont été réalisées principalement avec des patients déjà atteints de maladies chroniques ou ayant des facteurs de risque associés1. D’ailleurs, 43 % des patients consultés affirment n’avoir jamais discuté de la pratique d’activité physique avec un médecin au cours des deux dernières années. De plus, 85 % des patients interrogés ont affirmé qu’ils tenteraient de modifier une ou plusieurs habitudes de vie si ce conseil leur était donné par un médecin.
Méthode rapide de counselling en activité physique
Voici une brève méthode de counselling en activité physique d’une durée de deux à quatre minutes qui a pour but de motiver le patient à adopter un mode de vie actif. Le médecin aborde le sujet de l’activité physique avec le patient, lui pose quelques questions sur son niveau d’activité physique, le conseille et l’encourage à augmenter ce niveau si nécessaire, s’entend avec lui sur des buts réalistes à court terme, rédige une ordonnance dans le but d’augmenter son niveau d’activité physique (test à l’effort si nécessaire) et l’adresse à un spécialiste de l’activité physique (kinésiologue), au besoin2,4. Il faut noter que les médecins ont une grande crédibilité auprès des gens et que leurs conseils et renseignements ont un effet important et prolongé sur la condition physique des patients5 ainsi que sur la motivation et la participation à de l’activité physique.
À qui faut-il prescrire un test à l’effort?
L’épreuve d’effort peut servir à évaluer la condition physique, à déterminer la capacité fonctionnelle, à diagnostiquer les maladies cardiovasculaires, à définir le pronostic d’une maladie cardiovasculaire existante, à prescrire un programme d’exercices adaptés et à guider la réadaptation cardiaque1. De plus, chez la personne en bonne santé, ce test donne une vraie fréquence cardiaque maximale, ce qui permet de prescrire des exercices de façon plus adéquate et personnalisée. Par ailleurs, chez le patient souffrant de maladie coronarienne, l’épreuve d’effort permet de déterminer une zone d’intensité sécuritaire et efficace d’entraînement5. Un tableau qui tient compte du risque et de l’intensité pour guider la décision de prescrire ou non un test à l’effort est présenté en page 34.
L’intégration du kinésiologue comme référence
L’idée de l’équipe multidisciplinaire est ici très importante puisqu’elle permet de travailler en collaboration avec d’autres professionnels de la santé qui sont en mesure d’aider le patient dans un domaine précis (nutrition ou activité physique). Dans le cas de l’activité physique, le spécialiste se nomme «kinésiologue»2. Celui-ci a les compétences et les connaissances spécifiques pour appuyer les patients dans une démarche de modification des habitudes de vie en vue de l’adoption d’un mode de vie actif.
Certains kinésiologues détiennent une spécialisation en intervention auprès des personnes atteintes de maladies chroniques, telle que la certification offerte par la Société canadienne de physiologie de l’exercice ou de celle de l’American College of Sport Medicine (ACSM), ou «Certified Clinical Exercise Specialist». De plus, l’Université Laval a mis sur pied un programme d’études supérieures spécialisées pour former des kinésiologues spécialisés dans les individus atteints de problèmes cardiaques, pulmonaires et métaboliques. Recherchez ces spécialistes agréés pour y adresser les personnes atteintes de maladies chroniques.
Conclusion
En bref, les médecins en prévention primaire peuvent jouer un plus grand rôle dans le counselling en activité physique dans le but d’amener les patients à adopter un mode de vie actif et d’en retirer des bénéfices pour leur santé4. À cet effet, plusieurs outils sont mis à la disposition des médecins afin de les aider. Une simple question en lien avec le niveau d’activité physique combinée à une ordonnance et/ou le transfert du patient à un autre professionnel de la santé fera toute la différence. L’impact de l’activité physique sur tous les facteurs de risque des maladies cardiovasculaires ainsi que sur la santé en général entraîne suffisamment de bénéfices importants pour y consacrer quelques minutes lors de la consultation d’un patient.
1. Sauvageau C, Groulx S, Pelletier A, Ouakki M, Dubé E. Les médecins discutent-ils des habitudes de vie avec leurs patients? Canadian Journal of Public Health 2008; 99(1): 31-5.
2. Fortier M, Tulloch H, Hogg W. A good fit. Integrating physical activity counselors into a faminy practice. Canadian Family Physician. 2006; 52: 942-4.
3. Croteau François. L’activité physique en vente libre ou sur ordonnance? Le Médecin du Québec 2006; 41(3): 67-74.
4. Petrella R, Lattanzio C, Overend T. Physical Activity Counseling and Prescription Among Canadian Primary Care Physicians. Archives of Internal Medicine 2007; 167(16): 1774-81.
5. Robert Ghislaine. Prescription de l’activité physique chez le patient présentant des risques de maladies cardiovasculaires. Le Médecin du Québec 2004; 39(4): 73-9.
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