Évolution laborieuse à l’AMC
07 septembre 2009 |
Par Matt Borselliono
Le type de transformation radicale des soins de santé imaginé par le président sortant de l’Association médicale canadienne (AMC), le Dr Robert Ouellet, ne pourra être mené à terme par un seul président et il prendra des mois, voire des années avant de donner des résultats.
Le Dr Ouellet a souligné à l’assemblée annuelle de l’AMC que le temps est venu de s’atteler à cette tâche titanesque. « Les conditions n’ont jamais été aussi favorables pour un changement, a-t-il déclaré dans son discours d’adieu. La crise économique actuelle ne favorise pas l’injection de nouveaux fonds. Nous sommes obligés de réexaminer toutes nos façons de faire pour travailler de manière plus efficiente et, en conséquence, moins coûteuse. La crise peut donc nous servir de levier. »
Les critiques du projet du Dr Ouellet vont bon train, alors que les énormes changements envisagés doivent d’abord être étudiés en profondeur. Certains pourraient même ne pas s’appliquer à la situation canadienne.
Le Dr Ouellet a défendu le contenu d’un document de base rédigé à l’intention des délégués et intitulé Vers un modèle de transformation des soins de santé : un cadre d’action. Se basant sur ce document, les participants ont passé près des trois jours de l’assemblée à débattre d’une multitude de résolutions parfois radicales, parfois ésotériques. Plus de deux douzaines d'entre elles ont été retenues par le conseil général et deviendront, selon toutes probabilités, des politiques en attente de l’approbation du conseil.
Des principes directeurs contestés
Les principes directeurs d’une telle transformation visent l’accroissement de la concurrence et de l’implication du secteur privé, le financement basé sur l’activité ou dirigé vers le patient, « des mécanismes de marché interne », et les données médicales électroniques largement utilisées.
Malgré la pression, les critiques estiment qu’il n’y a aucune preuve de la nécessité d’une restructuration aussi profonde, telle que proposée par le Dr Ouellet dont plusieurs des idées retenues auraient été recueillies au cours de deux voyages en Europe l’an dernier et plus tôt cette année.
En juillet, par exemple, un sondage a révélé que, selon 70 % des Canadiens, le système de santé fonctionne bien. Seul un répondant sur huit croyait nécessaire l’implication du privé.
Même le neuvième rapport annuel de l’AMC sur l’état du système de santé canadien a conclu que les Canadiens estiment que la façon de gérer la santé par le gouvernement d’Ottawa s’est légèrement améliorée par rapport à l’année précédente. Plus de 40 % des répondants ont qualifié la performance de leur gouvernement provincial d’excellente ou de bonne, soit une hausse de trois points par rapport à 2008, tandis que les deux tiers ont donné au système un A ou un B pour sa qualité globale.
Que l’on soit d’accord ou non avec ces chiffres, ils ne laissent pas beaucoup de marge de manœuvre au Dr Ouellet, qui a reconnu que les patients canadiens doivent être motivés pour « demander haut et fort des changements radicaux ». Certaines des résolutions ont été férocement débattues, révélant que même des membres du conseil de l’AMC sont divisés sur le degré de transformation qui devrait être effectué.
Même le document de base semble démentir l’urgence d’agir, notant que les changements ont été une « préoccupation importante » lors des rencontres du conseil général de l’AMC ces dernières années, mais qu’ils n’ont rien révélé de concret. Ainsi, plusieurs rapports sur les changements ont été publiés depuis 2002.
Le Dr Robert Woollard, ancien directeur de médecine familiale à l’Université de Colombie-Britannique et vice-président de Canadian Doctors for Medicare, un groupe national de défense du système public, qualifie les plans du Dr Ouellet d’« esquisses ». Il souhaite plus de collaboration que de concurrence.
« Il y a plusieurs idées là-dedans, et certaines sont bonnes, a-t-il affirmé aux médias en sortant de la réunion portant sur le document provisoire, mais plusieurs d’entre elles sont tellement floues qu’il est impossible de savoir si elles conviennent au contexte actuel ni quel sera leur impact. Nous devrions être très prudents avant d’aller de l’avant avec une telle esquisse. »
Europe versus Canada
Le Dr Woollard ainsi que d’autres médecins ne sont pas à l’aise avec l’usage que font le Dr Ouellet et l’AMC des modèles européens, et ils ne sont pas convaincus des similitudes avec le Canada. Dans aucun des pays visités par le Dr Ouellet, a-t-il dit, on n’observe les pénuries d’effectifs médicaux qui existent au Canada. « La concurrence, dans un contexte de pénurie, a un impact très différent par rapport à un contexte de surplus », prévient-il.
« Faire ces changements ne devrait pas signifier que nous abandonnons ce que nous estimons de précieux dans notre système ni que nous devons faire des modifications en bloc basées sur des modèles étrangers qui pourraient ne pas fonctionner au Canada, ajoute-t-il. Aucun de ces changements ne devrait être envisagé, à moins qu’ils ne montrent clairement qu’en fin de compte les soins aux patients seront améliorés... Nous devrions essayer d’améliorer ce qui est déjà en place au lieu d’essayer de repartir de zéro. »
Pour sa part, le Dr Ouellet est resté de marbre face aux critiques, affirmant que ce qui a été fait est le résultat d’une « vaste consultation ». « Il peut être sécurisant de penser que l’on peut continuer à travailler dans le système actuel, en maintenant nos vieilles façons de faire, a-t-il répondu. Mais on laisse de côté le fort prix à payer afin de conserver le statu quo. »
« Refuser de faire de profonds changements dans le système de santé équivaut à accepter sa lente dégradation... Poursuivre avec le modèle actuel signifie également condamner le Canada à une hausse exponentielle des coûts qui, tôt ou tard, affectera la viabilité du système de santé et notre habileté à traiter les Canadiens. »
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