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Vieille légende amérindienne d’aujourd’hui
12 août 2009 | Par Jean-Marie Pitre


La Chouette rayée

Observée de près, la Chouette rayée possède une caractéristique immanquable. Contrairement aux hiboux et autres chouettes aux iris jaune feu, celle-ci est dotée de grands yeux bruns larmoyants.
L’autre jour, j’avais la chance d’en admirer une en forêt. Je me disais que ces beaux yeux énigmatiques auraient, autrefois, inspiré une belle légende amérindienne. Tel n'est pas le cas, alors je me suis dit pourquoi ne pas en imaginer une?

Jean-Marie Pitre,
Bonaventure.

L’histoire aurait pu commencer ainsi :

Par une belle nuit étoilée, un vieux sage amérindien est assis, avec les gens de sa petite bourgade, autour d’un grand feu de camp. Une petite fille aux longues tresses noires s’approche du vieux sage et lui demande une faveur. Elle voudrait qu’il raconte la légende de la Chouette rayée.
Elle connaît pourtant l’histoire par cœur, mais comme tous les enfants, elle ne se lasse pas de la réentendre. Le vieux sage plisse les yeux, scrutant au plus profond de la nuit, comme pour remonter au temps de ses très lointains ancêtres…

«Il y a fort longtemps, débute le vieux sage, une petite bourgade amérindienne vivait paisiblement au cœur d’une grande et épaisse forêt. À cette époque, les animaux étaient tellement familiers à la présence des hommes qu’ils comprenaient le langage des enfants. Les gens étaient heureux. Cependant, un matin, leur vie allait basculer. En l’espace de quelques minutes, le ciel devint noir et menaçant. Un orage éclata et la foudre mit la forêt en feu. Le brasier, poussé par le vent, s’approchait dangereusement du village. Pour sauver leur peau, les habitants n’eurent d’autre choix que de fuir. Et ce qui devait arriver, arriva...

Dans la hâte, les habitants cherchèrent désespérément une petite fille aux beaux grands yeux bruns qui manquait à l’appel. En vain. Celle-ci était partie s’amuser un peu à l’écart du village avant que l’orage ne gronde. Effrayée, elle criait pour qu’on vienne à son secours, mais personne ne l’entendait… sauf une famille de loutres qui jouait dans un petit lac non loin de là. Émues par ses cris, les loutres allèrent à sa rencontre et l’emmenèrent avec elles. Pour se protéger du feu, elles durent traverser le lac à la nage jusqu’à une hutte de castors. Là, elles demandèrent aux propriétaires de les héberger en attendant que l’épaisse fumée disparaisse. Hélas, quand le calme revint, la famille de la fillette était rendue bien loin et pensait avoir perdu son enfant dans les flammes.

La fillette ne pensait qu’à retrouver les siens, mais comment faire? Les castors et les loutres discutèrent ensemble de la façon de l’aider. Après réflexion, ils décidèrent de demander conseil au grand Manitou nommé Halinchokéta. Celui-ci proposa de transformer la fillette en Chouette rayée afin qu’elle puisse voler à la recherche de ses parents et amis. Aussitôt décidé, aussitôt fait. Elle s’envola donc et chercha longtemps, longtemps, criant tous les hou-hous qu’elle pouvait. Après de nombreuses nuits de recherche…

Bon, précisa le sage, il faut que je vous dise que le Manitou, dans sa grande distraction habituelle, avait oublié que la Chouette rayée est un oiseau nocturne.


Après de nombreuses nuits de recherche, elle finit par retrouver les siens. Elle se posa, toute heureuse, dans un arbre près de leur nouvelle demeure, et attendit jusqu’au matin, pour leur annoncer son retour.

Mais savez-vous quoi? Le fameux Manitou, dans sa grande hâte, avait aussi oublié de lui laisser sa voix d’enfant. Elle ne savait que hululer !

Elle eut beau « hou-houer », vous vous en doutez bien, personne ne la reconnut. Et plus elle « hou-houait », plus elle se désespérait et plus ses beaux yeux se mouillaient. Les amérindiens ne comprenaient pas pourquoi cette Chouette ne cessait de hou-houer et continuaient à vaquer à leurs occupations. Mais les plus observateurs d’entre eux remarquèrent tout de même que cet oiseau-là avait de beaux grands yeux bruns, contrairement aux autres hiboux et chouettes.

Finalement, lorsque la Chouette rayée comprit que jamais elle ne pourrait retrouver les siens comme avant, elle quitta les lieux, et personne ne la revit.

De nos jours, ajouta lentement le vieux sage, les Chouettes rayées pleurent moins qu’avant, mais leurs beaux grands yeux bruns restent quand même larmoyants.»


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