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L’Éthiopie, hors des sentiers battus
25 mai 2009 | Par le Dr Benoît Simard*

Les habitations sont faites avec des branches, de la paille, des pierres, de la tôle et du bambou.

En janvier, période de l’année où le temps est sec en Afrique, mon épouse et moi-même avons effectué un voyage de trois semaines en Éthiopie. Peu visité par les touristes, ce pays offre exotisme, découvertes, grands espaces parmi une population chaleureuse de 80 millions d’habitants dont 50 % ont moins de 20 ans.

Ce pays, grand comme les deux tiers du Québec, très montagneux, surtout dans sa partie nord, et aride en saison sèche, offre des panoramas grandioses sur le massif du Simien et des sommets de plus de 4000 mètres. Des parcs encore vierges cachent des sentiers magnifiques pour tout randonneur adepte de camping et habitué à côtoyer l’altitude.

La partie sud du pays, encastrée entre la Somalie et le Soudan, voisine du Kenya, est le siège de la vallée du Rift, percée de pistes poussiéreuses s’étendant à l’infini. Les animaux, longtemps chassés, sont rares. On trouve surtout des antilopes de taille variable, des colonies de babouins, de crocodiles et d’hippopotames. Les oiseaux, tous plus beaux les uns que les autres, accompagnent les déplacements dans cette nature soumise au chaud soleil (40 °C). Partout, des termitières géantes, des papillons magnifiques, des fleurs sauvages…

Certaines femmes ont la chevelure rouge de graisse colorée.

Riche et pauvre
L’Éthiopie est à la fois un pays pauvre et un pays riche : pauvre en richesses naturelles – sous-sol, électricité –, mais ô combien riche en histoire, en chaleur humaine, en culture religieuse et en ethnies diverses. Dans ce pays du café arabica, première source de revenu à l’exportation, la cérémonie du café s’inscrit dans la tradition.

Les paysans sont pauvres à nos yeux, ils vont pieds nus au pâturage, accompagnant leurs troupeaux de bovidés maigrichons, de chèvres et de moutons. Les routes, les pistes, à la campagne ou dans les villages, sont les lieux qu’empruntent ces troupeaux. La richesse du paysan se mesure en têtes de bétail, objet de troc ou garantie de survie en cas de saute d’humeur de Dame Nature.

C’est à l’âne ou au mulet que l’on confie la majorité des déplacements, quand la charge est trop lourde pour le dos. Arbres, branches, fagots, tout sert à la cuisson à domicile. L’eau est objet de vénération et sa quête quotidienne au puits du village occupe beaucoup les femmes et les enfants. Il n’y a aucun aqueduc ou système d’égout hors des villes, et les toilettes nous rappellent les installations du Québec d’il y a 200 ans. Ici, pas de pollution, car il n’y a ni magasin, ni papier, ni sac en plastique, ni emballage.

Après la mise au rancart du communisme des années 1990, le peuple s’est vu partager la terre nourricière. Pour mettre en échec l’érosion causée par les pluies tropicales des mois d’été, des terrasses occupent tous les espaces disponibles à la culture du sorgho, de céréales diverses, du maïs, du coton et de la canne à sucre. Le cultivateur laboure des terres avec des bœufs à grandes cornes. Le café se récolte à la main, comme tout le reste, et est séché au soleil. Dans les montagnes du Nord, le mercure fléchit sous zéro après le coucher du soleil. Le qat est officiellement cultivé. Il constitue une source de revenu à une exportation non officielle et joue un peu le rôle de la coca sous d’autres latitudes. Ici, on ne trouve ni autos, ni véhicules motorisés en dehors des villes.

Le pays est partagé par plusieurs groupes ethniques, dont les Mursis, les Burnis, les Konsos et les Karos, pour n’en mentionner que quelques-uns. Chaque groupe tribal parle son propre dialecte et l’amharique (langue officielle de l’Éthiopie) sert de lien entre tous. La religion (50 % chrétienne copte, 50 % musulmane) occupe une large part de la vie quotidienne et donne lieu à des fêtes, réunions et processions plusieurs fois par mois. Le jeûne, et oui, le jeûne sans viande, revient tous les mercredis et vendredis et, de toute façon, la viande a peu de place au menu de tous les jours.


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Au menu
L’injera (mets national) est composé d’une grande crêpe de tef agrémentée de légumes, de carottes, d’épinards, de tomates, de piments, de sauce et de languettes de viande, et l’on sert de la main droite, sans ustensile. Oublions le beurre, le lait, les desserts. Le menu nous a semblé un peu terne et les pâtes avec sauce tomate nous ont dépannés pour au moins 10 repas en 3 semaines. Nos déjeuners se composaient de pain, d’œufs, de confiture et de beurre d’arachide que nous avions apportés du Québec, en plus du papier hygiénique. Quant aux sucreries, elles faisaient partie de nos souvenirs... Nous achetions de l’eau en bouteille pour les journées à venir et devions prendre les comprimés antimalariques tous les jours, malgré le peu d’insectes rencontrés.

En Éthiopie, les hôtels sont rares, de basse catégorie, les chambres, pourvues d’une douche, de toilettes et de la literie, sont parfois d’une propreté douteuse. La restauration est rare elle aussi. Quant à la bière, elle est excellente, mais les vins du pays sont peu attirants. Oubliez les cadeaux et les souvenirs, on en trouve peu, sauf les insignes religieux et quelques calebasses. On peut faire du camping et les déplacements en véhicule 4 x 4 n’ont lieu qu’en saison sèche, si l’on veut aller partout. Quelques rares routes sont asphaltées et plusieurs sont en voie de réfection dans tout le pays, sauf dans la brousse, au sud. Notre groupe a profité de trois vols intérieurs, question de réduire le temps de déplacement. La poussière étant au menu tous les jours, nous devions laver notre linge à trois reprises pour espérer un retour d’eau propre.

On compte 40 millions d'enfants en Éthiopie.

Des sourires et des rires
La population est, à nos yeux, la plus grande richesse du pays, avec ses enfants. En tout, ils sont 40 millions. Il y en a partout, à la ville, à la campagne. Ils ont tous le sourire, les fesses à l’air et la morve au nez. Tous veulent nous toucher. Ils nous frôlent, nous caressent de leurs petites mains, surpris par la pilosité de nos avant-bras. Quelques abdomens rondelets indiquent des carences alimentaires. Les adultes, souriants, chaleureux, rieurs et de bonne humeur ont la poignée de main franche : durant nos vieux jours, nous nous souviendrons d’eux avec bonheur. Pourtant, la pauvreté matérielle est envahissante. Il n’y a pratiquement rien dans les marchés publics, sinon des grains, quelques légumes, céréales et produits tissés. Plusieurs enfants portent des t-shirts rouges de l’Unicef. Le fait d’être pieds nus ou vêtus de couvertures grises et sales n’empêche pas les gens d’être fiers, souvent bien coiffés. Merveilleux peuple, étonnant de diversité !

Chez les groupes ethniques du Sud, nous sommes transplantés dans un autre monde. Il est difficile de décrire tant de différences parmi ces peuples nomades toujours à la recherche de pâturages. Ils sont vêtus minimalement, souvent avec des peaux de chèvre. Jeunes filles et femmes d’âge mûr arborent une poitrine nue, plantureuse ou flasque. Les mères donnent la tétée à plein temps. Certaines femmes ont la chevelure rouge de graisse colorée, portent des piercings de toutes sortes, des colliers et des bracelets multicolores, et laissent entrevoir des scarifications, des cicatrices de flagellation volontaire, un plateau labial immense... Des vieillards résignés ou alertes nous sourient, même s’ils souffrent de cataractes ou de goitre. Nous croisons aussi des infirmes. Tout ce beau monde est prêt à faire la fête, à danser, à sauter, à recueillir nos dons, nos crayons, nos bouteilles d’eau vides. Personne ne porte de lunettes... Pourquoi ? L’espérance de vie dépasse à peine la jeune cinquantaine, non seulement en raison du sida, dont 10 % de la population est atteinte, mais aussi de dermatites et autres maladies et infections de toutes sortes. Quant aux services sanitaires, ils sont rares. Les familles nombreuses nous rappellent notre passé pas si lointain, au Québec.

Une religion omniprésente
En Éthiopie, les lieux de culte occupent une place prépondérante, et ils sont nombreux. Les églises monolithiques creusées à même le roc au 13e siècle font partie du patrimoine mondial et justifient à elles seules la venue du tourisme. On compte des prêtres par milliers. Les écoles prennent de plus en plus d’importance et les quelques universités en place sont très fréquentées. Plusieurs enfants s’adressent à nous en anglais.

Les horloges, lorsqu’il y en a, affichent une différence de six heures avec nos montres, et le calendrier marque 2001. L’orthographe diffère de la nôtre et est spécifique à l’Éthiopie. La fête annuelle la plus importante est l’Épiphanie, soit le 19 janvier (Timket), et tous les Éthiopiens revêtent, à cette occasion, leurs plus beaux atours, le blanc étant la couleur de prédilection.

Les habitations sont faites avec des branches, de la paille, des pierres, de la tôle et du bambou. Elles sont surmontées de poteries et facilement accessibles aux visiteurs. En général, elles ne comptent qu’une ou deux pièces et très peu de fenêtres. Un foyer extérieur sert de poêle. Un tas d’excréments de bœuf séchés alimente le feu ou isole les murs de branchage.

Que dire de ce voyage dans un autre monde si ce n’est qu’il est inoubliable. Certes, il fut difficile, mais riche en découvertes, et il nous a permis d’apprécier notre chez-soi.


* Médecin de famille retraité, Stoneham. « J’ai fait ce voyage avec mon épouse Louise. Nous sommes des adeptes de la marche en montagne, de la nature, de découvertes hors des sentiers touristiques habituels. L’Éthiopie répondait à toutes nos attentes. »

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