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Traitement de C. difficile récurrent : Transplantation de matière fécale
13 mars 2009 | Par Terry Murray

Le taux de succès est phénoménal malgré les objections de toutes sortes que l’on pourrait apporter, hygiéniques ou autres, sur l’usage de la transplantation de matière fécale pour traiter les infections récurrentes à Clostridium difficile.

Le Dr Thomas Louie, un médecin de Calgary, est l’un des utilisateurs de cette technique, et ils sont fort peu nombreux au pays. La direction de son établissement s’est montrée quelque peu tiède lorsqu’il a voulu tenter cette méthode la première fois, en 1996. Mais depuis, il a traité 48 patients à leur domicile, avec un taux de réussite de 96 %.

Professeur de médecine à l’Université de Calgary, le Dr Louie a parlé de son expérience au dernier congrès conjoint de l’Infectious Disease Society of America et de l’Interscience Conference on Antimicrobial Agents and Chemotherapy.

L’intervention vise à remplacer la flore fécale pour stopper le cycle de rechute ou de récurrence de l’infection à C. difficile. Elle implique l’instillation d’une préparation faite avec les selles d’un donneur par lavement, quoique certains médecins emploient une sonde nasogastrique.

Son premier patient lui a été adressé par un confrère gastro-entérologue en 1996. Pendant deux ans, cette femme a souffert de diarrhées récurrentes malgré des traitements et même un séjour à la clinique Mayo. « Lorsque j’ai abordé la possibilité d’utiliser cette méthode en clinique au General Hospital de Calgary, j’ai fait face à une réaction outrée, cette intervention était perçue comme inimaginable; j’ai entendu de telles objections – à savoir que le personnel ne devrait pas ou ne pourrait pas la faire en clinique – que j’ai mis l’idée de côté, explique le Dr Louie. Je n’ai même pas essayé d’obtenir des autorisations à un échelon plus élevé, ou de passer par de multiples comités, etc. J’ai simplement oublié l’idée. »

À domicile
Cependant, la patiente et sa famille ont insisté et suggéré d’effectuer le traitement à domicile. La patiente suivante a été traitée en 2001 au Foothills Hospital, où elle était déjà hospitalisée. Des questions logistiques – par exemple, trouver un lit dans une chambre et devoir partager une salle de bain par la suite – ont motivé le Dr Louie à traiter ses prochains patients à leur domicile, même ceux qui vivaient hors de Calgary.

Les candidats qui peuvent bénéficier de cette méthode de traitement répondent aux critères suivants :

  • ils sont adressés par un gastro-entérologue ou un spécialiste des maladies infectieuses après avoir connu plus de quatre épisodes de diarrhée sur une période de six mois;
  • ils ont connu un échec du traitement par des doses décroissantes prolongées et intermittentes de vancomycine et par les probiotiques;
  • ils ont des échantillons de matières fécales positifs à C. difficile par immuno-essais ou il y a présence de cytotoxines; et
  • ils ont un donneur – de préférence un proche parent – qui n’a pas reçu d’antibiotiques au cours des six mois précédents, dont les selles ont été scrutées dans le but de trouver des agents pathogènes, comme les hépatites B et C ainsi que le VIH, et des parasites, et qui a subi une culture pour C. difficile.

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La méthode
Le patient reçoit un traitement oral par la vancomycine, et ce, pendant 14 jours, suivi d’un lavement de trois à quatre jours afin de diminuer les concentrations fécales de vancomycine et de soulager l’irritabilité du côlon. On suit ce protocole même si le patient peut recevoir un lavement Fleet oral qui permet de réaliser l’intervention un jour après avoir cessé le médicament.

Les selles du donneur sont recueillies pendant cette période. Sur les 48 donneurs, 38 étaient des parents proches, soit des enfants ou des frères ou sœurs, et 10 étaient des conjoints ou belles-sœurs. Dans un cas, le donneur était un ami parce que le patient n’avait aucune famille.

La technique de la collecte est simple : les selles sont recueillies pendant trois jours et placées dans un contenant en plastique recouvert d’un couvercle hermétique. Ce contenant est mis au réfrigérateur.

Au laboratoire, on prépare des selles liquides en utilisant un tamis de métal ou de gaze pour enlever les particules, ce qui élimine 300 g à 500 g des selles. Le reste est mélangé avec 1500 ml de tampon phosphate salin, et de cystéine « afin de préserver certains organismes qui pourraient être moins tolérants à l’oxygène », explique le Dr Louie.

Le Dr Louie et une infirmière apportent ce mélange au domicile du patient, ainsi qu’un lavement au barium avec un ballon-cathéter de rétention, d’autres appareils comme des pinces, des chemises d’hôpital, des sacs poubelles et des draps pour protéger le lit du patient.

Il infuse la solution dans l’intestin pendant 15 à 45 minutes, interrompant l’intervention si le patient se plaint de crampes, auquel cas il lui donne du diazépam. Il poursuit l’infusion lorsque les crampes disparaissent.

Il laisse en place la solution de matière fécale pendant environ 90 minutes et, avant de partir, il en enlève 500 ml à 700 ml. « Je laisse en place environ 800 ml dans le côlon, explique le Dr Louie. Si vous en laissez trop, il y aura évacuation (dans les toilettes), mais si vous laissez environ 800 ml, la moitié des patients se réveilleront le lendemain matin et iront à la selle normalement. L’autre moitié en évacue un peu l’heure suivante ou quelques heures plus tard, mais cela ne semble pas faire de différence. »

Lorsqu’il a commencé à utiliser cette technique, le Dr Louie était incertain quant au nombre d’infusions à donner, et le premier patient a reçu une infusion par jour pendant trois jours. Cependant, son état s’est amélioré presque immédiatement. Depuis, il n’administre qu’une seule infusion, sauf pour les patients qui habitent hors de la ville, qui en reçoivent deux.

Seulement deux patients ont échoué à ce traitement. Dans un cas, le patient a contracté un reflux gastro-œsophagien deux mois après le traitement; le second patient a connu une récurrence après un traitement pour une pneumonie acquise en communauté, mais il a été traité par la suite par le métronidazole et n’a plus connu d’épisodes de diarrhées récurrentes.

Quatre patients ont souffert d’un problème de côlon irritable pendant quelques mois, tous ayant reçu les selles d’un conjoint. « Nous sommes tous différents, et la flore intestinale est unique à chacun », dit le Dr Louie. Toutefois, la flore intestinale des proches parents est plus compatible avec celle des patients que celle des conjoints.

  

 

   
     
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