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Sexe, genre et maladie mentale
07 avril 2009 | Par Isabelle Girard

Les femmes sont plus dépressives. Les hommes se suicident davantage. Voilà deux réalités connues mais encore mal expliquées qui témoignent de l’influence du sexe et du genre sur la santé mentale.

Le 27 mars, la Chaire sur la santé mentale des femmes et des hommes de l’Institut de la santé des femmes et des hommes a tenu une première journée scientifique pour lancer des pistes de réponses.

Hommes et femmes sont probablement plus différents qu’on le croit. Et la recherche en santé mentale ne tient pas compte de ces différences, affirme Joy Johnson, directrice scientifique de l’Institut de la santé des femmes et des hommes. « Nous devons mieux comprendre comment les différences biologiques entre les sexes influent sur la réaction aux traitements pharmacologiques et aux différentes thérapies. »

Un financement de 925 000 $ permettra aux chercheurs de la Chaire sur la santé mentale des hommes et des femmes d’étudier ces questions au cours des prochaines années.

Des questions à explorer

Pourquoi la dépression, par exemple, touche-t-elle deux fois plus de femmes que d’hommes ? « Il y a un biais du genre associé à la dépression qui fait qu’en général, les hommes ont tendance à consulter beaucoup plus tard et à cacher cette dépression qui peut se traduire par des conséquences plus néfastes. D’où l'importance de s’assurer que le diagnostic de dépression ne repose pas essentiellement sur le genre du patient », soutient la Dre Sonia Lupien, directrice scientifique du Centre de recherche Fernand-Seguin de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine.

Le genre peut biaiser le diagnostic. Et aussi le traitement. Les médecins ont peut-être tendance à prescrire plus rapidement des antidépresseurs à une femme qu’à un homme, soulève la Dre Johnson. « On a un sérieux problème de surprescription de benzodiazépines et de femmes qui en sont dépendantes au Canada. Les médecins doivent réfléchir à leurs habitudes de prescriptions et ne pas prendre pour acquis que c’est simplement attribuable à l’anxiété. »


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Autre question à explorer : hommes et femmes réagissent-ils de la même façon à un médicament ? Plusieurs médicaments sur le marché n’ont été testés que sur des hommes. Ce n’est plus le cas maintenant.

Les données ne sont pas étudiées en fonction du sexe, fait remarquer la Dre Sonia Lupien. « Quand je faisais mon doctorat, séparer un groupe selon le sexe, on faisait ça en dernier recours, quand il n’y avait plus rien à trouver dans nos données. Ça devrait être au contraire la première chose à faire pour s’assurer que les médicaments prescrits auront le même effet chez les hommes et les femmes. L'industrie doit commencer à prendre en considération le sexe des individus non seulement pour rendre des groupes équivalents lors des essais cliniques, mais aussi pour évaluer l’efficacité du traitement et la gestion thérapeutique après le traitement. »

On a encore beaucoup à apprendre sur l’identité de genre et particulièrement sur les individus transgenres, c’est-à-dire des personnes femelles dans leur corps, mais mâles dans leur âme, et l’inverse. « À l’adolescence, ces problèmes ont des répercussions sur la santé mentale. Or, ces différences sont mal acceptées dans la société. Mais on ignore quel pourcentage de la population présente des variations sur le thème », dit la Dre Lupien.

Plus globalement, le sexe et le genre influencent toutes les interventions des médecins dans leur pratique quotidienne, conclut la directrice scientifique de l’Institut de la santé des femmes et des hommes des IRSC, la Dre Joy Johnson.

 

Sexe et genre, la différence

Le sexe désigne les caractéristiques biologiques qui distinguent les femmes et les hommes.

Le genre désigne l’ensemble des rôles, relations, traits de personnalité, attitudes, comportements et valeurs qui distinguent le féminin du masculin.

Les variations sur le thème du sexe et du genre façonnent l’identité de la personne.

 

Schizophrénie : la nature s’est-elle trompée de sexe ?



La Dre Adrianna Mendrek 

Le cerveau d’une femme schizophrène réagit comme celui d’un homme normal. Et le cerveau d’un homme schizophrène réagit comme celui d’une femme normale. C’est l’étrange conclusion d’une étude menée par la Dre Adrianna Mendrek, chercheuse au Centre de recherche Fernand-Seguin de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine et à l’Université de Montréal.

Des images à forte connotation négative ont été présentées aux sujets. Puis on a mesuré l’activation de différentes régions du cortex cérébral pour constater une véritable inversion sexuelle chez les femmes et les hommes atteints de schizophrénie, tant au niveau des circuits neuronaux, des dimensions de certaines structures cérébrales que de la production d’hormones.

D’autres recherches sont nécessaires pour déterminer les causes de ce dimorphisme sexuel, précise la Dre Mendrek. Sur le plan clinique, elle croit que des tests visant à administrer de légères doses d’estrogènes à des femmes schizophrènes et de légères doses de testostérone à des hommes pourraient donner des résultats intéressants. L’étude de la Dre Adrianna Mendrek sera publiée prochainement dans Nature.

  

 

   
     
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