Actualité cliniques — Le point sur la crise de la listériose
10 septembre 2008 |
par Georges Costan, Ph. D.
La listériose fait les manchettes ces derniers temps. Le nombre de cas d’infection augmente constamment et, malheureusement, les décès attribuables à cette bactérie aussi. Certaines sources à l’origine de cette infection bactérienne ont pu être retracées, mais on peut s’attendre à ce que le bilan s’alourdisse pendant quelque temps encore. Nous vous proposons un aperçu de la situation en compagnie du Dr Pierre-Jean Maziade, microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier Pierre-Le Gardeur (Lachenaie).
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| Le Dr Pierre-Jean Maziade |
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«On sait que la listériose est une bactérie qui peut contaminer la nourriture. C’est une bactérie qui résiste au froid – on peut donc la retrouver dans des produits réfrigérés – et qui peut survivre en conditions extrêmes (jusqu’à 4 °C assez facilement). On la retrouve surtout dans des aliments comme les charcuteries, les fromages au lait cru, les fruits et légumes. Les gens qui consomment ces produits peuvent contracter une infection. Mais ce sont principalement des personnes vulnérables à certaines infections, comme les gens âgés, les femmes enceintes, les jeunes enfants ou les patients immunodéprimés.
« Une étude antérieure menée dans la région de l’Estrie au cours de laquelle nous avions révisé les cas de listériose sur une vingtaine d’années (Maziade P-J et Marcoux JA. Can.J. Infect. Dis. 1997; 8[1]:29-32) n’avait mis en évidence qu’une douzaine de cas, ce qui donnait des taux d’infection relativement faibles – habituellement, les taux varient entre 0,2 et 0,3 cas par 100 000 habitants. Actuellement, on dépasse ces taux étant donné l’éclosion due aux produits Maple Leaf qui sont consommés par plusieurs centaines de milliers de personnes chaque jour. Et puisque la période d’incubation peut s’étendre jusqu’à 70 jours, il faut attendre encore un peu pour voir l’état de la situation. À l’heure actuelle, on parle d’une quinzaine de morts, ce qui demeure relativement faible même si c’est déplorable, par rapport à la consommation des produits Maple Leaf.
« Pour chaque cas qui survient, y compris les cas sporadiques, on fait une investigation de l’empreinte génétique qui permet de remonter à la source. C’est ainsi qu’on a pu retracer la souche 136 dans les produits Maple Leaf. Au Québec, on a aussi la souche 93 qui circule et l’on essaie de remonter à la source de la contamination avec ces mêmes méthodes génétiques. Il faut dire que malgré la très forte consommation de produits Maple Leaf par des centaines de milliers de personnes, compa-rativement à la consommation de fromages au lait cru, par exemple, provenant d’une région comme Lanaudière ou l’Estrie, il y a quand même très peu de cas d’infection; ce qui sous-tend que la majorité des gens, immunocompétents, sont capables de se débarrasser de la bactérie sans trop de problèmes.
Une zoonose
« La listériose est décrite comme une zoonose, une maladie qui se transmet d’un animal à l’homme. Des cas de listériose ont déjà été mentionnés chez les vétérinaires. Lorsque la contamination est plus élevée et qu’un nombre plus grand de patients immunodéprimés, de femmes enceintes ou de personnes âgées mangent des produits contaminés, on peut observer une augmentation un peu plus marquée des cas de listériose. Dans la situation présente, c’est la contamination de produits consommés par un très grand nombre d’individus qui explique l’augmentation du nombre de cas de listériose. Il est clair qu’un produit contaminé qui est consommé par des milliers d’individus va modifier l’épidémiologie des infections à listériose. » Le Dr Maziade rappelle ici qu’en Amérique du Nord, la majorité des gens consomment beaucoup de produits pasteurisés. « Nous sommes plus aseptisés que dans les pays européens. »
Par ailleurs, les symptômes de la listériose s’apparentent au départ à ceux d’une grippe ou d’une gastroentérite. « Bien que ce soit là des symptômes non spécifiques, dans une situation d’éclosion de cas comme celle que l’on connaît, les médecins savent que les gens vulnérables qui présentent de la fièvre ou des frissons doivent être envoyés à l’urgence, où l’on procédera à des cultures de sang (c’est une bactérie qui pousse facilement en laboratoire). Dans les cas plus graves, il peut y avoir aussi des symptômes méningés. On peut alors, à l’urgence, procéder à une ponction lombaire et trouver la bactérie dans le liquide céphalorachidien (qui va pousser en culture dans les 24 à 48 heures). Cela dit, la bactérie est très sensible aux antibiotiques, à la pénicilline principalement, au triméthoprim-sulfaméthoxazole, à la vancomycine. Le traitement est donc relativement simple. Le point important, conclut le Dr Maziade, c’est que si la personne a consommé des produits Maple Leaf, qu’elle se situe dans un groupe à risque et qu’elle commence à présenter des malaises, de la température, des frissons, il convient de consulter rapidement un médecin. »
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La listériose, plus fréquente en occident
- La bactérie de la listériose, un bâtonnet Gram positif, aérobique et ne formant pas de spores, a été isolée pour la première fois en 1918 par Dumont et Cotoni à partir du liquide céphalorachidien d’un jeune soldat. Conservée pendant 20 ans, la souche sera finalement identifiée à l’Institut Pasteur comme étant Listeria monocytogenes. C’est le seul pathogène humain parmi les sept espèces de ce genre. À la coloration de Gram, il peut ressembler aux streptocoques et plus particulièrement au pneumocoque. L. monocytogenes est répandu dans la nature : on le retrouve dans le sol, la poussière, la nourriture, l’eau, les légumes, les animaux et l’homme (Maziade P-J et Marcoux JA. Can.J. Infect. Dis. 1997; 8[1]:29-32).
- Sur le plan épidémiologique ayant trait à l’humain, on retrouve la listériose partout dans le monde, mais elle semble plus fréquente dans les pays industrialisés. Les cas les plus nombreux ont été répertoriés au Canada, aux États-Unis et en Europe. Cela dit, l’incidence annuelle demeure très faible. Aux États-Unis, elle serait de 0,7 par 100 000 habitants. Selon l’étude de Maziade P-J et Marcoux JA, l’incidence en Estrie n’est pas tellement différente de celle estimée aux États-Unis.
- L’alimentation constitue le mode principal de transmission de la maladie. La consommation de produits contaminés peut entraîner une septicémie, une méningite (ou méningo-encéphalite, une encéphalite et des infections intra-utérines ou cervicales chez la femme enceinte). Selon l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, les aliments suivants ont été rapportés comme étant la source d’une éclosion à L. monocytogenes : les fromages au lait cru, la salade de chou, des charcuteries, des poissons fumés, des saucisses.
- Les personnes les plus à risque de contracter une infection liée à la présence de cette bactérie sont les femmes enceintes, les nouveau-nés et les enfants en bas âge, les personnes âgées de plus de 60 ans et les personnes immunosupprimées (atteintes du sida ou traitées pour un cancer par la chimiothérapie). Chez les personnes dont le système immunitaire est normal, les symptômes de la maladie ressemblent à ceux d’une grippe ou d’une gastroentérite. La bactériémie est la manifestation la plus fréquente avec diarrhée, nausées et vomissements. Les antibiotiques (pénicilline, ampicilline, vancomycine) demeurent le traitement de choix. Le triméthoprim-sulfaméthoxazole constitue une solution de rechange pour les patients allergiques à la pénicilline. Un traitement de deux semaines serait probablement suffisant pour une septicémie alors qu’un traitement de trois à quatre semaines serait plus approprié pour une méningite.
On peut consulter la liste complète des produits rappelés sur le site Web de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) : www.inspection.gc.ca.
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